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La montée de Trump et l'impact sur les marchés financiers

17 mai 2017

Durant l’édition 2011 du dîner annuel de l’association des correspondants de la Maison-Blanche, le 44e président des États-Unis, Barack Obama, et le comédien Seth Meyers ont tourné en ridicule l’homme d’affaires Donald J. Trump pendant plusieurs minutes. Est-ce que cet événement a été l’élément déclencheur de l’entrée en politique de Donald J. Trump, attisant son désir d’être pris au sérieux sur la scène politique et ainsi prouver sa capacité à gouverner les États-Unis d’Amérique? Le fameux cap symbolique des 100 jours à la présidence étant passé, il est pertinent de tenter de comprendre la montée de cet homme imprévisible et l’impact de son agenda sur les marchés financiers.

Trois débats contre son opposante, la démocrate Hillary Clinton, et quelques scandales plus tard, Trump a finalement été élu le 9 novembre 2016, surprenant au passage la majorité des sondeurs qui prédisaient son adversaire gagnante. Son élection n’augurait rien de bon pour les marchés boursiers. Les contrats à terme sur les indices américains se sont effondrés dès l’annonce par la chaîne d’informations télévisée CNN que Trump était projeté gagnant dans les états pivots de l’Ohio et de la Floride. À la suite de cette annonce, les contrats à terme sur le Dow Jones Industrial Average reculaient de plus de 800 points. Les marchés financiers avaient intégré dans la valorisation des titres boursiers une victoire d’Hillary Clinton, qui offrait des politiques bien définies et un degré de stabilité élevé. Malgré les mouvements négatifs importants le soir de l’élection, les investisseurs ont accueilli, à l’ouverture des marchés, le président élu avec une hausse des marchés boursiers, contrairement à la baisse anticipée par les contrats à terme quelques heures auparavant.

Monsieur Marché : émotif et instable

Cet événement remet en avant-plan l’impact de l’émotivité des investisseurs sur la valorisation des titres et sur les mouvements de marché. Cette nuit électorale était le moment idéal pour sortir des boules à mites les sages paroles de Benjamin Graham, le père de l’analyse financière moderne, et sa désormais célèbre personnification : « Monsieur Marché souffrant d’un trouble bipolaire ». Graham utilisait cette parabole pour expliquer les fluctuations de marché souvent extrêmes. Certains jours, Monsieur Marché évalue les titres de façon justifiée, puis, d’autres fois, il évalue les titres avec des sentiments de crainte ou d’engouement excessifs. Nous pouvons dire que, pendant ces 24 heures, Monsieur Marché est passé par toute la gamme des émotions!

La première journée suivant l’élection de Trump, les investisseurs ont accueilli le nouveau président avec une hausse sur les marchés boursiers que plusieurs analystes associent principalement à un discours de la victoire du nouveau président élu plutôt conciliant, à des promesses d’investissements dans les infrastructures américaines, d’une réforme fiscale et d’une croissance importante du secteur de l’emploi. Le marché a donc intégré dans sa valorisation cette promesse de stimulation fiscale et que le nouveau président pouvait, après tout, peut-être avoir la capacité d’agir comme un homme d’État. Quelques mois suivant l’élection, les marchés financiers des États-Unis semblaient toujours tenir bon, avec des gains de plus de trois billions de dollars en capitalisation boursière depuis l’élection. Plusieurs records ont été atteints sur les marchés depuis, dont le Dow Jones qui a franchi, à l’intérieur d’un seul mois, deux caps historiques : 20 000 et 21 000 points. Des gains qui valent à Donald J. Trump l’une des bonnes performances post deuxième guerre mondiale pour les 100 premiers jours d’un nouveau président. Suivant ces événements, la question à se poser est la suivante : est-ce que les investisseurs ont intégré dans leurs évaluations des titres boursiers une trop forte probabilité de succès à l’agenda de Trump?

Promesses déçues ou partie remise?

Après la défaite que le président a subie au Congrès pour sa première tentative d’abrogation et de remplacement de l’« Affordable Care Act (ObamaCare) », ainsi que sa défaite sur les décrets anti-migration, le marché pourrait commencer à associer une probabilité de plus en plus faible à l’approbation par la Chambre des représentants et le Sénat d’une réforme fiscale, de baisses d’impôts importantes, de dépenses en infrastructures. Et tout cela malgré une majorité républicaine de représentants à la Chambre haute et basse. Présentement, le président n’a toujours pas présenté un plan détaillé sur les dépenses en infrastructures, et la réforme fiscale tient sur une page de format 8 ½ x 11. Il ne faut pas oublier que le président n’avait aucune expérience politique avant sa course à la chefferie du Parti républicain, ayant lui-même avoué la complexité de l’appareil gouvernemental américain et de ses rouages. Il est donc pertinent de remettre en question la capacité du nouveau président à faire passer ses projets au Congrès. Les projets pourraient être moins extrêmes qu’anticipés, de manière à accommoder l’aile ultra-conservatrice du parti. Cela aurait pour impact un décalage dans l’approbation et la mise en place des politiques, entraînant une stimulation fiscale plus faible qu’anticipée.

Selon les économistes de la banque d’investissement Goldman Sachs, les investisseurs n’interprètent pas correctement le calendrier de réalisation de l’agenda politique du président. Les modifications au système de santé « Affordable Care Act » ont accaparé Trump plus que prévu, retardant les autres promesses du président. Conséquemment, plusieurs projets pourraient être reportés dans le temps et seront probablement moins radicaux qu’initialement anticipés, s’ils finissent, évidemment, par être approuvés par les deux chambres du Congrès. Le plan de dépenses gargantuesque de 1 000 milliards de dollars sur une décennie prévue par Trump dans les infrastructures est loin d’être accepté au Congrès, puisque les républicains sont historiquement de nature conservatrice en ce qui a trait à l’endettement. La dette américaine est à l’aube de dépasser les 20 billions de dollars, alors qu’elle s’élevait à 9 billions de dollars il y a seulement 10 ans. De plus, pour ce qui est des dépenses en infrastructures, du temps est nécessaire avant que les sommes budgétées aient un impact tangible sur l’économie. Avec toutes ces promesses de stimulation fiscale, une deuxième question se pose : avec un début de politique monétaire restrictive entamée par la Réserve fédérale des États-Unis, nos voisins du sud ont-ils vraiment besoin d’avoir une stimulation fiscale alors que la gouverneure de la Réserve fédérale, Janet Yellen, a annoncé que les États-Unis sont très près du plein emploi, et que la Réserve fédérale de Saint-Louis a annoncé que l’économie croît à un rythme supérieur à son potentiel?

Amérique incertaine, marchés volatiles

L’optimisme en lien avec les politiques de Trump pourrait faire place au pessimisme sur les marchés et donner raison à l’adage « Sell in May and go away ». Une hausse de la volatilité sur les marchés liée à l’incertitude entourant les politiques de Trump et à sa difficulté à recevoir l’approbation des deux chambres du pouvoir législatif pourrait survenir. L’« America First » et la promotion de politiques protectionnistes par le président pourraient aussi avoir un impact négatif sur l’économie mondiale. Le gain global de la spécialisation de la production de biens et services, fondés sur les avantages comparatifs de chaque pays dans le commerce international, favorise le libre-échange par rapport à l’autarcie. Conséquemment, une correction pourrait survenir prochainement, ce qui pourrait devenir un bon point d’entrée pour investir.

 

Jean-François Pakenham, CFA
Analyste financier, Gestion Universitas inc.

 

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